Georges Martin-Witkowski
La situation favorable de la musique philharmonique à Lyon pendant les années qui ont suivi la mobilisation, on la doit largement à la forte personnalité de Georges Martin-Witkowski (1867-1943). En 1940, l’âge de la retraite officielle a sonné depuis longtemps pour ce musicien d’origine polonaise. Malade, il doit cesser ses activités en février 1941 ; il décède à l’été 1943. Ainsi, s’il n’a pas été en mesure sous l’occupation de conduire directement les destinées de la musique philharmonique à Lyon, celle-ci s’est développée sur les solides fondations qu’il avait édifiées pendant le premier tiers du siècle.
Dans un article du Salut public daté du 14-15 août 1943 et intitulé « Le capitaine Witkowsky », Martin Basse fait le panégyrique de son collègue académicien. Il évoque un homme solide, curieux de tout, qui très tôt composa de la musique et fit preuve d’un intérêt passionné pour l’apiculture, l’agronomie, la photographie, l’équitation, l’escrime, la randonnée alpestre, etc. Issu d’une famille de musiciens et d’officiers, après être passé par les Écoles militaires de Saint-Cyr et de Saumur, il fut incorporé en 1905 au régiment de cuirassiers de la Part-Dieu, où il passa rapidement lieutenant de cavalerie. Il se mit en congé de l’armée pour se mettre au service de la promotion de la musique à Lyon, qu’il entendait transformer profondément.
Sous l’impulsion de son ami le compositeur Vincent d’Indy, un des créateurs de la Schola cantorum de Paris, Witkowsky créa celle de Lyon en 1903 en constituant un ensemble choral de 100 hommes et 80 femmes. Cet établissement a pris depuis le nom de « salle Witkowsky » au palais de la Mutualité. Il fonda la Société des grands concerts*. Après avoir dû quitter la salle des Folies-Bergère, au terme d’un montage financier difficile et d’affrontements entre les intérêts contradictoires de la municipalité d’Édouard Herriot, ceux des architectes et ceux de la Schola cantorum, on lui confia la construction de la salle Rameau*, inaugurée en 1908 et qui donnait à la ville une salle de concerts de 1600 places. La fusion de diverses formations musicales engendra l’Association philharmonique. En 1924, sur la proposition d’Édouard Herriot, il succéda à Florent Schmitt à la direction du Conservatoire. De ses élèves, il exigeait un haut niveau en solfège et en culture générale. Nombre de grands chefs d’orchestre et d’interprètes prestigieux furent ses invités à Lyon.
En tant que compositeur, on lui doit une œuvre abondante de plus de quatre-vingts titres. On y trouve des symphonies, un quatuor, un quintette. Certains morceaux sont composés à partir de textes de poètes français : Henri de Régnier pour une odelette, Edmond Rostand pour un opéra (La Princesse lointaine), quatre poèmes d’Anna de Noailles, trois poèmes de Ronsard, Le Poème de la maison (Louis Mercier), Mon lac (Witkowsky possédait une maison au bord du lac de Paladru, une commune dont il fut maire), Le Docteur Ox, etc. On y lit ses affinités avec César Franck, Vincent d’Indy, Emmanuel Chabrier, Henri Duparc, Richard Wagner, Igor Stravinsky. Ces musiciens, qui furent ses contemporains, lui permirent de diversifier le répertoire dans une perspective moderniste.
Ses funérailles eurent lieu le 12 août 1943 en l’église Saint-Pothin. Des autorités culturelles de la ville assistèrent aux obsèques de ce catholique fervent, père de sept enfants, parmi lesquelles André Chalier de la Société des grands concerts, Ennemond Trillat, pianiste et successeur de Witkowsky à la direction du Conservatoire en 1941, le criminologue et critique musical Edmond Locard, le comte d’Hennezel, alors président de l’Académie des Sciences, Belles-lettres et Arts. Mais des personnages aussi importants qu’Édouard Herriot (exilé dans sa maison de Boitel) ou Proton de la Chapelle (démis de ses fonctions municipales aux Beaux-arts depuis la fin de 1942) étaient absents.
Assurer ce lourd héritage administratif et musical ne fut pas une mince affaire. Jean Witkowsky, le deuxième fils du musicien, s’en chargea dans des conditions difficiles, et Lyon put fournir sous l’Occupation des programmes philharmoniques tout à fait honorables.
Sources : Jean Moussa, « Georges-Martin (sic) et Jean Witkowsky, musiciens lyonnais », in Rive gauche n°63 et 64, février-mars 1978 ; Gérard Corneloup, « Georges-Martin (sic) Witkowsky », in Dictionnaire historique de Lyon, éditions Stéphane Bachès, 2010 ; Jean-François Duchamp, « Martin-Witkowski Georges (1867-1943) », in Dictionnaire historique des Académiciens de Lyon. 1700-2016, sous la direction de Dominique Saint-Pierre, Éditions de l’Académie, 2017.
[M. P. Schmitt]












