Un cinéma sous l’occupation : le Comœdia
Quoique n’ayant
pas accès aux nouveautés, le Comœdia avait été pendant les années 1930 une
grande salle de quartier prospère et moderne. Mais, selon le site internet du
cinéma, « les années sombres de la seconde guerre mondiale et
de l’occupation sont terribles pour le Comœdia. La salle est réquisitionnée par
les autorités allemandes en 1942 pour être transformée en Soldaten-Kino »,
c’est-à-dire exclusivement réservée aux soldats allemands. Ceci n’est pas tout
à fait vrai. Certes le Comœdia, situé juste en face du siège de la Gestapo, avenue Berthelot, était idéalement placé pour remplir
cette fonction, mais le dépouillement de la presse du temps permet d’affirmer
qu’il continua à être un cinéma ordinaire jusqu’en octobre 1943, qui bénéficia pendant plus de deux ans de la proximité de l'École polytechnique repliée.
Quelle fut la programmation pendant les mois qui précédèrent ? Pendant le premier semestre 1943, 25 films différents furent à l’affiche, régulièrement renouvelés chaque semaine. Il s’agissait de films récents, sortis en 1942 pour la plupart, ce qui constituait un net progrès par rapport aux années précédentes, où le retard sur les grandes salles du centre-ville était de 3 ans en moyenne. On constate une dégradation en avril-mai quand sont projetées des œuvres de 1938, voire 1936 (Messieurs les ronds de cuir), peut-être parce que les couvre-feux à répétition, n'autorisant que les matinées, n’incitaient pas les exploitants à louer des films coûteux. C’est également en mai que fut proposé le seul film allemand, Sang viennois (Wiener Blut, 1942, « un tourbillon de chants » avec Maria Holst). Mais la programmation de l’été (dans une salle « idéalement réfrigérée ») et celle du début de l’automne furent presque entièrement composées de films français de 1942 (dont Les Visiteurs du soir), voire de l’année même (La Croisée des chemins d’André Berthomieu ; L’Honorable Catherine de Marcel L’Herbier, avec Edwige Feuillère ; Port d’attache de Jean Choux, « un film sain et d’actualité »).
Après le 24 octobre, le Comœdia cessa d’annoncer son programme dans la presse. On peut penser que c’est alors qu’il devint un Soldaten-Kino et qu’il le resta jusqu’au 26 mai, quand il fut détruit par un bombardement. Jusque là, les années de l’Occupation avaient été plutôt de bonnes années pour ce cinéma, qui avait pu offrir à son public des films beaucoup plus récents qu’il n’en avait l’habitude. Si nous ignorons où les soldats allemands allaient se distraire entre octobre 1942 et novembre 1943, nous savons que ce n’était pas au Comœdia.
Sources : Renaud Chaplain, « Cent ans déjà ! », https://www.cinema-comoedia.com/qui-sommes-nous/ ; Le Salut public, rubrique « La soirée lyonnaise », 1943
Jeunesse de Georges Lacombe (1934) à l’affiche du Comœdia
