L’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon
Fondée en 1700, l’académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon avait été pendant plus d’un siècle au centre de la vie culturelle lyonnaise. Ce n’était plus le cas en 1940, mais la vénérable institution continuait à se réunir une fois par semaine dans ses locaux du Palais Saint-Pierre, proposant des conférences, distribuant des prix et publiant ses Mémoires annuels.
La défaite de juin 1940 sidère la compagnie qui suspend ses travaux jusqu’au 5 novembre. Ensuite et pendant toute la guerre, elle fonctionne au ralenti. Les séances n’ont désormais lieu que le premier et le troisième mardi de chaque mois ; plusieurs membres ont quitté Lyon ; le bureau n’est pas renouvelé, les membres titulaires décédés ne sont pas remplacés. Il n’est pas facile de retracer ce que fut alors la vie de l’Académie. Pour des raisons qui ne sont pas totalement claires, les registres des procès verbaux, qui avaient jusque là été scrupuleusement rédigés et conservés, ont disparu pour la période juin 1940-juin 1942, et sont lacunaires pour les deux années suivantes. Heureusement, d'une part les brouillons du secrétaire Claudius Roux ont été conservés, et d'autre part plusieurs académiciens (Martin Basse, Henri d’Hennezel, Louis Rousselon) travaillaient au Salut public, qui rendit compte de quelques séances. C’est ainsi que l’on sait que l’Académie offrit le titre de membre associé au maréchal Pétain qui accepta cette distinction « avec plaisir » en janvier 1941.
L’Académie, qui se faisait « un devoir de dire son attachement au grand serviteur de la France en qui elle voit le Sauveur providentiel : l’Homme prédestiné par Dieu aux heures graves que nous vivons », selon les mots de son président, le bâtonnier Auguste Rivet, s’est attachée à promouvoir les valeurs du régime en place. Le 28 janvier 1941 « la vieille compagnie lyonnaise a admis hier aux honneurs de sa séance M. Charles Maurras de l’Académie française ». Le 8 décembre 1942, Alexis Carrel est élu membre associé. Le 29 mars 1943 une communication de M. Mathieu Varille aborde « un problème ethnique » d'actualité : celui des Bohémiens et Romanichels, « la perpétuelle tribulation des chevaliers de la roulotte, nomades impénitents, coureurs des routes, amis de l’indépendance et de la liberté, hommes au teint brun, souples et nerveux, femmes à la taille flexible, aux yeux étincelants, remarquablement prolifiques ». Lors de la séance solennelle et publique du 29 juin 1943, le marquis de Poncins intitule son discours de réception « Après Dieu, la terre », et Félix Garcin consacre le sien au « délicat problème de la moralisation de l’industrie cinématographique ».
En 1945, avec le même courage qu’elle avait manifesté en l’élisant quatre ans plus tôt, l’Académie effaça discrètement le maréchal de la liste de ses membres associés.
Sources : Le Salut public, 20 novembre 1940 et 15 janvier 1941 ; Bibliothèque de l’ASBLA, Ms278-30 ; « Brouillards » de Cl. Roux, cahier n° 4 ; Mémoires de l’Académie de Lyon, 1945.


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