L’Opéra de Lyon : la programmation
Nous définissons une « programmation » comme l’ensemble des dates auxquelles est jouée l’œuvre considérée. Lorsque une première série de dates s’interrompt pour être reprise plusieurs mois ou années suivantes, cela constitue une nouvelle programmation.
Sur les 180 programmations d’art lyrique proposées entre 1940 et 1944, plus des deux tiers sont constituées par l’opéra (un tiers par l’opérette*). Les voici :
7 fois : Manon ( Massenet, 1884)
6 fois : Carmen (Bizet, 1875) ; Tosca (Puccini, 1900)
5 fois : Madame Butterfly (Rossini, 1904) ; Werther (Massenet, 1892)
4 fois : Mireille (Gounod, 1864) ; Les Contes d’Hoffmann (Offenbach, 1881) ; Othello (Verdi, 1887) ; La Vie de bohème (Puccini, 1896)
3 fois : Aïda (Verdi, 1871) ; Le Barbier de Séville (Rossini, 1816) ; Lakmé (Delibes, 1883) ; Louise (Charpentier, 1896) ; Mignon (Thomas, 1866) ; Les Noces de Figaro (Mozart, 1786) ; Rigoletto (Verdi, 1851) ; La Traviata (Verdi, 1853)
2 fois : L’Arlésienne (Bizet, 1872) ; La Damnation de Faust (Berlioz, 1846) ; Faust (Gounod, 1859) ; Herodiade (Massenet, 1881) ; Le Jongleur de Notre-Dame (Massenet, 1900) ; Lohengrin (Wagner, 1848) ; Les Pêcheurs de perles (Bizet, 1863) ; Le Roi d’Ys (Lallo, 1875) ; Samson et Dalila (Saint-Saëns, 1877) ; Thaïs (Massenet, 1894).
1 fois : cinquante autres œuvres n’apparaissent qu’une fois. Celles-là sont souvent moins connues du grand public ou en tous cas ne figurent pas en bonne place dans le répertoire lyrique universel.
Il y a de la part de l’administration* de
l’Opéra la volonté manifeste d’illustrer le plus largement possible le
répertoire lyrique. Sans surprise, on explore surtout la période
particulièrement fertile en pièces lyriques, la seconde moitié du xixe siècle. Les choix sont
variés et au répertoire connu (v. plus haut) s’ajoutent des compositions moins
souvent convoquées. La volonté d’honorer le patrimoine proprement français (voire
local : Massenet) est manifeste : il couvre les trois quarts de
l’ensemble. Les œuvres italiennes n’arrivent qu’en seconde position, loin
derrière, en dépit de la présence de grands classiques bien classés . Les
autres œuvres étrangères se disputent le très peu qui reste. Lohengrin est le seul opéra allemand (octobre 1943).
Hors l’autocensure des autorités françaises qui excluent d’elles-mêmes les morceaux à caractère potentiellement subversif, la censure de l’occupant ne se soucia guère des programmations, à condition qu’elles ne puissent être considérées comme une menace pour les intérêts allemands. Tout le monde en tous cas ne pouvait que se féliciter de l’absence totale de l’opéra russe, la Russie soviétique étant devenue à partir de 1941 l’ennemie jurée de l’Allemagne et de la France vichyste.
Sources : Le Salut public, 1940-1944 ; A.M. Lyon, 238 WP 23.
[M. P. Schmitt]
