L’Opéra de Lyon : l’administration
Situé juste derrière l’Hôtel de ville, le très ancien Opéra de Lyon, appelé communément « Grand Théâtre », fut créé au xviie siècle. Les années d’avant-guerre avaient été marquées par de constantes turbulences financières et artistiques, qui s’étaient traduites par une hésitation administrative entre un régime de concession – c’est-à-dire une autonomie complète de régie – , et une régie directe par la municipalité. C’est finalement la deuxième solution qui fut retenue, ce qui intégrait la programmation de l’art lyrique dans une politique culturelle globale de la ville. Les conséquences furent directes sur le financement et la nature des programmes, soutenus par une subvention votée par le Conseil Municipal.
Robert Proton de la Chapelle* (1894-1982) fut nommé à la tête des Beaux-Arts en mai 1941, au sein de l’équipe municipale dirigée par le maire Georges Villiers, un vichyste modéré. Il occupa ce poste jusqu’à son limogeage en décembre 1942. Dans le même mouvement Charles Romette, un ancien lieutenant d’artillerie, décoré de la Croix de guerre et de la Légion d’honneur, fut nommé administrateur des théâtres lyonnais. Proton imprima un dynamisme certain aux programmations* et activités de l’Opéra, au choix des chorégraphies et des chanteurs, en poussant le Conseil municipal à lui allouer une aide financière substantielle, compte tenu d’un budget global limité. Épaulé par le musicien, chanteur et metteur en scène Roger Lalande (1893-1975) et par André Cluytens* (1905-1967), chef d’orchestre et directeur de l’Opéra de Lyon depuis 1935, Proton remonta un orchestre à peu près complet, alors qu’il avait été amputé des musiciens et des techniciens mobilisés en 1939 et à présent prisonniers en Allemagne. Le règlement des concours de recrutement des musiciens de l’orchestre stipulait que les candidats devaient être de nationalité française.
Les années 1940 et 1941 furent pauvres en programmations, mais 1943 et 1944 en proposèrent une trentaine chacune, après un pic en 1942 avec plus de soixante-dix en 1942. Si la qualité technique et esthétique des représentations ne fut pas toujours au rendez-vous, c’est que les conditions matérielles dans lesquelles elles se déroulaient étaient très difficiles. En dépit de cette politique énergique, les recettes restèrent déficitaires d’année en année.
Sources : A.M. de Lyon, WP 175, 226, 189, 1459; Association des Amis de la Bibliothèque Municipale de Lyon, Trois Siècles d’opéra à Lyon. De l’Académie Royale de musique à l’Opéra-Nouveau, avant-propos de Gérard Corneloup, Lyon, 1982 ; Le Salut public, 1940-1944.
[M. P. Schmitt]

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