lundi 27 février 2023

Conférences

Les conférences publiques

Les conférences ne sont plus aujourd’hui qu’une composante marginale de la vie culturelle d’une ville ; et elles portent rarement sur la littérature. Ce mode de transmission d’un savoir vulgarisé n’a pas survécu à la massification universitaire ; il a été largement remplacé par la radio ou la télévision. Tel n’était pas encore le cas dans les grandes villes françaises pendant l’Occupation, particulièrement à Lyon où il s’agissait d’activité dynamique, plutôt renforcée qu’affaiblie par les circonstances.

Les Lyonnais avaient chaque semaine le choix entre plusieurs conférences, annoncées dans la presse, à la suite des programmes des théâtres, des cinémas et des concerts. Elles ont lieu surtout en fin de semaine, le samedi et le dimanche après-midi (en « matinée ») ; plus rarement en semaine : le mercredi en soirée. Elles peuvent se tenir dans des salles qui ont une autre destination (salles de spectacle, églises, établissements d’enseignement), mais une dizaine de salles du centre ville leur sont principalement ou exclusivement consacrées. La gratuité ou des prix modiques sont de rigueur ; des réductions sont accordées aux étudiants. Il convient de réserver sa place dans les bonnes librairies lyonnaises (Lardanchet, Crozier, les Nouveautés, mais aussi chez Béal, Rabut), mais cela ne nous renseigne pas sur l’importance du public lors de manifestations culturelles que l’on imagine réservées à une petite frange de la population. Il faut s’en remettre aux indications de la presse qui parle toujours de salles combles et plus que combles : le 3 février 1943, Paul Creyssel, directeur de la propagande, s’adresse à « une salle Molière où près de quatre cents personnes n’avaient pu trouver place ».

Elles sont proposées épisodiquement par des organismes à vocations variées, tels le Centre d’études corporatives, la Légion française des combattants, l’Union catholique des voyageurs et représentants, l’Union régionale pour l’éducation civique et sociale de la femme, le Cercle Mermoz. Mais il existe aussi des sociétés entièrement ou principalement vouées à l’organisation de conférences. Ces sont les Heures, les Matinées de Lettres et d’Histoire, les Lamartiniens de Lyon et du Sud-Est, les Petites conférences et la Société des conférences. Cette dernière exerce un quasi-monopole sur le marché des grands noms, notamment les académiciens repliés : Henry Bordeaux, Paul Claudel, Louis Gillet, Paul Hazard, Émile Henriot, Jacques de Lacretelle, Louis Madelin, Charles Maurras, Wladimir d’Ormesson, André Siegfried. Paul Valéry au théâtre des Célestins le 16 juin 1943 pour la création de la Cantate du Narcisse. Les autres sociétés invitent soit des experts (médecins, avocats, militaires, scientifiques), soit des orateurs de notoriété locale (prêtres, professeurs : le chanoine Viollet, Mgr Gerlier, Joseph Hours, Jean Lacroix), soit des propagandistes officiels et officieux (Louis Hautecœur, Secrétaire général des Beaux-Arts en 1940 ; Paul Marion, Secrétaire général à l’information à partir d’août 1941). Marc Augier, rédacteur en chef de La Gerbe, et Jacques de Lesdain, rédacteur politique de l’Illustration, donnent une « Grande conférence » accompagnant la projection du film Face au bolchevisme au Pathé-Palace le 27 avril 1943. L’un et l’autre seront condamnés à mort par contumace en 1945.

Les sujets sont idéologiquement marqués. Si la part de pure propagande est assez faible, l’idéologie vichyste imprègne tous les sujets. Dans les conférences, s’exprime avec plus ou moins de conviction, plus ou moins d’opportunisme, une culture réactionnaire, vaguement, voire franchement, comme lorsque l’Association des Amis de l’Université invitent un René Gillouin à parler de « La démocratie contre l’État » ou que Paul Creyssel invite l’Europe à s’unir contre la menace des empires d’Amérique et d’Asie. Les conférences illustrent le « triptyque national » : le Travail (« La doctrine corporative et la révolution française actuelle », « Retour à la discipline », « Valeur divine des tâches quotidiennes »), la Famille (« Les familles chrétiennes, pierres vivantes de la maison française à restaurer », « Les ennemis de la famille : la littérature, la presse, le théâtre, le cinéma », « Héroïsme de la femme française ») ; la Patrie (« Où va la France ? », « Le sentiment de la France », « Les réveils français », « Du communisme apatride au nationalisme communautaire », « La France immortelle », « Unité française et communauté nationale ») ; ainsi que quelques autres thèmes vichystes : la Jeunesse (« Lyautey et la jeunesse », « La jeunesse et l’Église », « La jeunesse au service de la France », « L’étudiant et la formation des chefs »), la Terre (« La leçon des terriens », « Le retour à la terre », le christianisme (« La patrie et l’Église », « Le chrétien et les souffrances de la patrie », « Le chrétien au service de la France meurtrie », « La collaboration chrétienne au service de l’éducation nationale », « D’un élan unanime toutes les classes sociales confondues, le peuple de France bâtit ses splendides cathédrales »)

L’Histoire de France tient une grande place, mais pas n’importe quelle histoire : la monarchie (« Louis XIV. Le Grand Roi et le rayonnement littéraire et artistique de la France », Charlemagne, Henri IV), Jacques Cœur, Jeanne d’Arc (« À l’appel de Jeanne d’Arc »), Bonaparte, dont Pétain est l’héritier. La vie de celui-ci est le sujet de plusieurs conférences, dont l’une, aux Célestins, le 9 mars 1941, du susnommé Paul Creyssel, tout à fait « emballante », selon le Salut Public. La littérature est réduite à un étroit panthéon : Barrès (par Maurras), Corneille (par Robert Brasillach, le 17 avril 1943), Jammes, Lamartine, Pascal, Péguy, Villiers de l’Isle-Adam et surtout Mistral, qui avait été personnellement adoubé par le Maréchal dans une allocution de septembre 1940. Les colonies, l’empire et leurs héros modernes, sur terre, sur mer et dans les airs (Lesseps, Lyautey, « Le rôle obscur et glorieux de la marine française », « Une épopée française : Mermoz, Guillaumet, de Saint-Exupéry ») ne sont pas oubliés. Raoul Follereau est invité par le Centre d’études corporatives à parler du « Rôle de la France dans le monde ». Plus rares sont les sujets de vulgarisation économique ou scientifique (le pétrole, la TSF, le tourisme, la biochimie, la physique nucléaire) : les conférences publiques ne jouent pas le rôle d’une université populaire. Quant à l’Allemagne, c’est un sujet tabou : elle n’est présente ni par son histoire, ni par sa littérature, ni par ses artistes. Le nom est à peine prononcé, dissimulé derrière l’euphémisme « Europe ». Elle n’est évoquée comme horizon politique que dans une seule conférence : « Faisons la réconciliation franco-allemande », par un dénommé Friedrich Grimm, « membre du Reichstag et professeur de droit international » conseiller d’Otto Abetz, reconverti après-guerre dans le négationnisme.

 

                                                                         Le Salut Public, 5 juin 1942

Cinéma

 Les films allemands

 

Sur les 1434 films à l’affiche à Lyon dans les 36 principales salles de Lyon (celles qui annoncent leur programme dans la presse) entre juillet 1940 et juillet 1944, 122 sont allemands ou autrichiens, soit environ 8 %. Une nette progression, favorisée par l’interdiction des films américains à partir d’octobre 1942, conduit de 23 films en 1940 (5%) à 65 en 1943 (16%), avant une chute nette en 1944 : 10 films seulement, soit parce que l’offre s’est raréfiée, soit parce que les directeurs de salle ont senti le vent tourner.  Sans être spécialisées, certaines salles de la Presqu’île (Artistic, Cinébref, Scala) faisaient une large part à la production d’outre-Rhin, beaucoup plus que les salles de seconde vision et de quartier. Cinq de ces cinémas (Astoria, Familial, Jacobins, Perle, Majestic) n’ont jamais proposé un film allemand, sans qu’on soit cependant fondé à parler de boycott.

Ces films étaient généralement récents, la moitié ayant été produits pendant la guerre. En novembre 1940, la revue Le Film annonce que le doublage de trente-deux films de la Tobis ou de l’A.C.E. est terminé ou en cours. Seuls six n’atteignirent pas Lyon. Rares étaient les œuvres de propagande antisémite, tel le Juif Süss* ; antisoviétique, tel le Cuirassé Sébastopol (Panzerkreuzer Sebastopol, Karl Anton 1937) ; ou anti-britannique (comme Titanic, 1943, qui dénonce la cupidité des armateurs anglais). Rare également la glorification des armées du Reich, et même l’évocation de la guerre en cours, à part Un grand amour (Die grosse Liebe, de Rolf Hansen, 1943), mélo musical sur fond d’invasion de l’Union soviétique. Les programmes annonçaient des films « délicieux et gais », de « pur divertissement », des films sportifs et d’aventures, des comédies modernes, des romances, des opérettes, avec « les plus jolies filles de l’écran » : Maria Holst, Camilla Horn, Jenny Jugo, Hilde Krahl, Zarah Leander, Marika Rökk, Magda Schneider, Ilse Werner, Dorothea Wieck…

Les films étaient toujours donnés en version française, ce qui laisse supposer que l’armée d’occupation fréquentait peu les salles autres que le Comœdia*. Principale exception : Leise flehen meine Lieder (La Symphonie inachevée, 1934, avec Maria Eggerth), projeté en v.o. par l’Eldorado en 1940 et par le Studio Fourmi en 1942. Des galas cinématographiques étaient régulièrement organisés au Pathé-Palace (la plus grande salle de Lyon, avec ses 1600 places) par l’Office de Placement Allemand à l’intention des familles des travailleurs français. En 1943, celles-ci purent voir, parfois en première exclusivité : Bal pare, Liebesschule, Die Goldene Stadt, Wunschkonzert, Münchhausen, mais toujours sous leur titre français de Bal masqué, L’École des amoureux, La Ville dorée, L’Épreuve du temps, Les Aventures fantastiques du baron de Münchhausen (le mardi 6 avril 1943, accompagné d’un documentaire sur les usines Bayer). Pour Noël 1943, l’O.P.A. consola les familles touchées par le S.T.O. avec Ohm Krüger (Le Président Kruger, « le grand film parlant français avec l’incomparable artiste Emil Jannings ».

Le cinéma allemand fut donc bien présent à Lyon, mais d’une présence discrète et se voulant aimable. Les encarts publicitaires* dans la presse dissimulaient l’origine des films. Les critiques français, tel Marcel Collet* dans le Salut public, évitaient volontiers de se prononcer sur les productions de l’occupant. Les autorités étaient conscientes qu'une idéologie trop affirmée risquait d’être mal reçue du public. Le cas de Face au bolchevisme est exceptionnel et significatif :  il s’agit, selon les termes de M. Aubier, chef du Centre de Lyon du C.O.I.C., d'un document « que la France entière a le devoir de connaître » et qui, sur ordre de Vichy, sera projeté lors de séances spéciales le 30 novembre 1941 au Pathé-Palace, à la Scala, au Royal et « dans 5 cinémas à désigner dans 5 quartiers à raison de un cinéma par quartier », mais « il y aura lieu de prendre les mesures de police nécessaires, afin d’éviter tous incidents ». Le cinéma allemand se voulut plutôt un concurrent puis une alternative au cinéma de divertissement américain et à ses stars désormais absentes des écrans lyonnais.

 

Sources : Le Film n° 3, 15 nov. 1940 (https://bit.ly/3lR5G2P) ; Le Salut public, rubrique « La soirée lyonnaise », 1940-1944 ; A.D. Rhône 45W82, lettre du 25, 29 nov. 1941. 



dimanche 19 février 2023

Sport

 Natation pour tous

L’histoire des rapports de Lyon à ses cours d’eau est celle d’un éloignement progressif. Les ponts, l’automobile (voies sur berges, parkings) et diverses formes d’industrialisation ont eu raison de l’intense activité économique sur les quais et sur l’eau (bacs et barques, moulins, lavoirs). Mais le Rhône et la Saône étaient aussi le lieu de loisirs auxquels l’Occupation a donné un ultime souffle avant qu’ils ne disparaissent pour de bon. À une époque où le mot pollution était inconnu, où les piscines étaient rares et les voyages difficiles, de nombreux  Lyonnais et quelques Lyonnaises pêchaient et nageaient en ville.

Dans les années 1940, il n’y avait dans l’agglomération que deux piscines publiques couvertes, inaugurées l’une et l’autre en 1933. La piscine municipale Garibaldi (33 mètres) était fermée pendant l’hiver à cause du manque de carburant pour la chauffer. La piscine des Gratte-ciel, dite aussi piscine du Théâtre, installée dans le sous-sol du Palais du Travail de Villeurbanne, était exiguë (bassin de 20 mètres) et principalement destinée aux écoles. La natation était donc surtout une activité estivale. Il n’y avait qu’un bassin olympique de 50 m : celui de Gerland (où furent organisés les championnats 1941 de la Zone Non Occupée).

Restaient les rivières.  Les traditionnelles bêches, bains flottants à fond de bois,  apparues au début du xixe siècle avaient disparu une à une. Il n’en restait plus qu’une, amarrée depuis 1844 sur le Rhône, quai de Retz (aujourd’hui Jean-Moulin), que ses propriétaires, la famille Di Pasqua, menaçaient de fermer (SP, 13 nov. 1940). On y barbotait plus qu’on n’y nageait.

Pour une pratique plus sportive, des bassins nautiques étaient aménagés dans la Saône : la piscine à eau courante de Lyon-Plage, « la plus belle de France », avait ouvert quai Serin en 1937. Plus en  aval, quai de la Bibliothèque (actuel quai Romain Rolland) se trouvait le bassin du L.O.U. et celui du Lyon Nautique Athlétique (L.N.A.) ; ils disparurent dans les années 1950 et nous n’en connaissons pas les dimensions. Sur l’autre rive, juste en aval de la passerelle Saint-Georges, l’ASPL (Association Sportive de la Police Lyonnaise) offrait à ses sociétaires le confort rudimentaire d’un vestiaire et d’un ponton.

Mais on pouvait aussi nager librement et gratuitement dans la rivière même, à condition de porter un maillot (article I d'une ordonnance de 1774), et plonger depuis les ponts. La pratique de la nage en eau vive a à peu près disparu en France avec la multiplication des piscines publiques et privées dans le dernier tiers du xxe siècle siècle. Elle était très répandue à Lyon, comme en témoignent, outre le nombre des noyés, diverses épreuves populaires connues sous le nom de « Traversées ». La 5e traversée du canal de Jonage, sur un parcours de 2km200 entre l’usine des Forces Motrices et le pont de Croix Luizet, eut lieu le 31 août 1941 (« Vestiaire de départ, café Rosand, face le bassin de l’usine. Avis important. Les nageurs devront faire un paquet de leurs vêtements et les retrouveront à l’arrivée Café Rey »). Le dernier dimanche de juillet ou le premier dimanche d’août, la Traversée de Lyon se déroulait sur 4 kilomètres, de la gare d’eau de Vaise au bassin du L.N.A., organisateur de l’épreuve. Pour assister à la 29e édition, le 30 juillet 1941, « une foule immense garnissait les ponts et l’enceinte d’arrivée. Sur les quais, un véritable flot humain déferlait à la suite des nageurs. […] La foule enthousiasmée unit les trois premiers dans une chaleureuse ovation. » Les « ondines » devaient quant à elles se contenter d’un parcours de 1800 mètres.

 

Sources : Le Salut Public, 5 avril, 30 juillet et 31 août 1941, 24 mars et 28 avril 1942 ; A.D. Rhône 4M 613 ; souvenirs de J. B. (né en 1929).

 

 
Arlette et Rose Flacsu (la petite fille et sa mère tout à droite) à Lyon-Plage en 1940.  
Elles seront gazées dès leur arrivée à Auschwitz le 4 août 1944 (https://www.flacsu.fr/).

lundi 13 février 2023

Musique

  L’opérette

 

Le bonheur musical de l’opérette – voire de l’opéra comique - s’apparente davantage à la variété chansonnière* ou au music-hall*, qu’à l’opéra, emblème prestigieux de l’art lyrique. Les divettes sont plus proches des chanteuses de variétés (ce sont parfois les mêmes) que des cantatrices qui brillent chez Massenet, Rossini ou Wagner, et les chanteurs de charme ne peuvent se confondre avec les stentors de la scène lyrique. Étranger aux mille nuances de la spiritualité, ce divertissement pour un public moins élitiste est prodigue en sourires optimistes et allusions coquines. Ses mélodies entraînantes et ses intrigues sentimentales gentiment artificielles mettent à l’abri des arrêts du destin… et de toute censure. L’action se déroule dans un milieu où mariage et argent tiennent une place centrale ; les personnages sont des emplois codifiés, plus que des créations originales ; on fredonne les airs d’opérette dans la bonne humeur.

 

Le triomphe du genre à Paris s’était étendu de 1850 à 1914. Quand les scènes de Lyon ou du Théâtre de Villeurbanne reprennent cette tradition, l’âge d’or de l’opérette était passé depuis vingt-cinq ans. Mais il avait façonné de façon durable l’imagerie d’une bourgeoisie conservatrice qui aime à se distraire, dans la tradition du Paris festif du Second Empire et de la première moitié de la troisième République.

 

Citons les titres que les théâtres et salles de spectacle lyonnais* (Célestins*, salles Rameau*, Saint-Vincent de Paul, François Coppée*) et le théâtre de Villeurbanne ont retenus pour leurs programmations :

La Poupée de Nuremberg (Adam, 1852) ; Si j’étais roi (Adam, 1852) ; La Belle Hélène (Offenbach, 1864) ; Le Voyage en Chine (Labiche, 1865) ; La Chauve-souris (Johann Strauss, 1874) ; La Créole (Offenbach, 1875) ; Le Grand Mogol (Audran, 1877) ; Les Cloches de Corneville (Planquette, 1877) ; Le Petit Chaperon rouge (Blum et Toché, 1886) ; Véronique (Messager, 1898) ; Les Mousquetaires au couvent (Varney, 1880) ; Rip (Planquette, 1884) ; La Mascotte (Audran, 1890) ; La Veuve joyeuse (Lehár, 1905) ; Rêve de valse (Oscar Straus, 1907) ; Le Comte de Luxembourg (Lehár, 1909).

Des pièces plus récentes, dont les auteurs sont presque tous vivants, figurent au programme :

Monsieur Beaucaire (Messager, 1919) ; Le Tsarevitch (Lehár, 1927) ; Princesse Czardas (Kälman, 1915) ; Dédé (Christiné, 1921) ; Ciboulette (Hahn, 1923) ; L’Amour masqué (Guitry, 1923) ; Le Pays du sourire (Lehár, 1923) ; Térésina (Oscar Straus, 1925) ; Paganini (Lehár, 1925) ; Le Chant du désert (Romberg, 1926) ; Passionnément (Messager, 1926) ; Un bon garçon (Yvain, 1926) ; Dernière Valse (Oscar Straus, 1926) ; Coups de roulis (Messager,1928) ; L’Auberge du Cheval-Blanc (Benatzky, 1930) ; Valses de Vienne (Johann Strauss, 1931) ; Le Comte Obligado (Moretti, 1935) ; Trois Valses (Oscar Straus, 1935) ; Un de la Canebière (Scotto, 1935) ; La Véridique Histoire du docteur (Thiriet, 1936) ; À l’escale du bonheur (Martinet, 1940) ; Sous le ciel de Cassis (Martinet, 1940) ; Ce coquin de soleil (Vincy, 1940) ; Les Compagnons de la vertu (Scotto, 1940) ; Zou vas-y (Scotto, 1941).

Au total, plus de quarante titres sont offerts au public lyonnais, répartis sur presque soixante-dix programmations. Vingt-quatre compositeurs (19 français, 5 étrangers) se partagent le palmarès. Les voici :

Lehár (10), Messager (9), Offenbach (8), Straus (7), Planquette (3), Audran (3), Johann Strauss (3),  Adam (2), Hahn (2), Kälman (2), Martinet (2), Scotto (2), Varney (2), Yvain (2).

Les autres ont été programmés une seule fois : Benatzky, Blum et Troché, Christiné, Laparra, Labiche, Lecoq, Mathot, Myr, Romberg,Vincy. On remarque l’absence d’Hervé, passé de mode dès avant la guerre.

En dépit de l’installation dès le mois de novembre 1940 d’une troupe sédentaire d’opérette, et même si la revue des Folies Bergère fut programmée aux Célestins en 1940, les représentations ont été plutôt pauvres de 1940 à 1941. Mais les trois années suivantes marquèrent un fort attachement à ce genre musical dans lequel brillait la France. Bref : les Lyonnais aiment les opérettes. Elles se confondent presque parfois avec les « revues » (Éclats de rire de Max Régnier est restée célèbre), un genre hybride qui fit florès surtout dans les derniers mois de l’Occupation. Il faudrait ajouter les matinées enfantines, où se donnaient des opérettes comme Dindonnette au pays des fées, Le Mariage de Blanche-Neige (Bourbon et Moretti, 1941), etc.

 

Sources : B. Duteurtre, L’Opérette en France, Fayard, 2009 ; Le Salut public, 1940-1944. 

[M. P. Schmitt]

 


lundi 6 février 2023

Littérature

La cité des livres est surpeuplée

 

Bernard Faÿ et Henry Joly sont nés à Paris, le premier en 1893, le second en 1892 ; l’un et l’autre ont reçu la Croix de guerre ; l’un et l’autre dirigèrent deux grandes bibliothèques. La ressemblance s’arrête là : après quatre années à la tête de la Bibliothèque nationale, Faÿ fut condamné en 1945 à l'emprisonnement à perpétuité et à l'indignité nationale pour collaboration avec l'occupant. Joly, qui fut conservateur en chef des bibliothèques de Lyon participa à la Résistance, autant que les blessures reçues à vingt ans le lui permettaient, aux côtés de Marc Bloch. Son action à la tête de l’institution lyonnaise pendant près de quarante ans est unanimement saluée : « D’un établissement un peu somnolent, Henry Joly fit un centre culturel vivant et de renommée mondiale », écrit René Lacour dans un éloge où sont soulignés l’accueil des chercheurs et la démocratisation de l’accès aux livres.

 

La période de l’Occupation présenta au conservateur un défi de taille. La fonction des bibliothèques, et celle de Lyon en particulier, connaissait alors en effet une profonde mutation, qu’un journaliste lyonnais déplore : « De nouveaux venus arrivent des quatre coins de de la France. Certains portent encore la capote kaki. Les hasards de la terrible aventure les amenèrent ici […]. Tous se pressent, certains se reconnaissent, l’un s’étonne de ne pas trouver un fichier comme à la Nationale, l’autre regrette de ne pouvoir fumer. La cité des livres est si envahie que la méditation y devient impossible ». Cet afflux est confirmé par les lettres que Joly adresse au maire de Lyon fin 1941 : 6 000 lecteurs par mois en 1940, 10 000 désormais. Il demande donc deux auxiliaires supplémentaires. Le manque de personnel, joint aux problèmes de chauffage et d’éclairage, rend en outre impossible le rétablissement souhaité des séances de lecture du soir de 20 à 22 heures.

 

La lecture a beau être un vice impuni, la bibliothèque est un lieu suspect et surveillé. Joly fut fermement invité à rédiger un rapport sur la fréquentation de son établissement, puis autorisé par le « Président de la Délégation Spéciale » (c’est-à-dire Georges Cohendy qui avait remplacé Édouard Herriot à la tête de la municipalité) à se concerter avec le chef de la Sûreté « afin de procéder, discrètement et à intervalles réguliers, à la vérification de l’identité des lecteurs ». Ledit chef de la Sûreté, Michel Cros, ne fit peut-être pas preuve de plus zèle qu’Henry Joly : après avoir favorisé l’évasion de cinq résistants en 1941, il fut révoqué en mai 1943, arrêté, torturé et mourut à Montluc en juin 1943.

 

Sources : René Lacour, « Henry Joly (1892-1970) », Bibliothèque de l'école des chartes, 1970, t 128-2. p. 521-523 ; Lucien Farnoux-Reynaud, « La cité des livres surpeuplée », Le Salut public, 28 décembre 1940 ; A.M. de Lyon, 177 WP : lettres des 15 février, 7 et 22 novembre 1941.

 


La cathédrale et le palais Saint-Jean

(qui abrita la Bibliothèque de Lyon jusqu’en 1972)

par Raoul Couty