Le Cercle Mermoz
On oublie aujourd'hui ce que fut la popularité de Jean Mermoz dans les années 1930. La disparition en mer de son hydravion la Croix-du-Sud en décembre 1936 suscita un émoi considérable. À Lyon, le prolongement en cours de l’avenue Berthelot fut immédiatement baptisé avenue Jean Mermoz. Ce culte de l’héroïque aviateur fut orchestré par le Parti Social Français (P.S.F.), dont Mermoz était un vice-président.
Fondé par le colonel de La Rocque en juillet 1936, après la dissolution des Croix-de-Feu, le P.S.F. entendait « réconcilier l’esprit social et le patriotisme ». « Travail, Famille, Patrie » fut sa devise avant de devenir celle de Vichy. Fort de plus d’un million d’adhérents en 1937, le PSF se distinguait d’autres partis de droite, tel le P.P.F. de Doriot, par son refus de l’antisémitisme et du fascisme et son républicanisme de façade. À l’instar des grands partis de l’époque (tel le P.C.F.), le P.S.F. contrôlait un journal (Le Petit Journal) et de nombreuses organisations destinées à la jeunesse. C’est ainsi que le 28 octobre 1937 fut inauguré, au 68 de la rue de la République, une institution propre à Lyon : le Cercle universitaire Mermoz.
En 1940 et 1941, le Cercle Mermoz fonctionne à plein régime, avec l’appui des Lyonnais du bureau du P.S.F. : le biologiste Pierre Lépine et Me Robert Andriot. Désormais installé au 97 de la rue de l’Hôtel-de-Ville, puis à partir de janvier 1941 dans un cadre agréable et gai au 11 de la rue Émile Zola, il continue à « aider l’étudiant dans sa vie professionnelle, dans sa formation sociale et dans sa vie matérielle ». À ses adhérents (300 en janvier 1941 ; inscription 15 francs), il propose des salles de jeux (ping-pong, billard, bridge) et de lecture ; des séances d’études entre étudiants des mêmes facultés.
Le restaurant, où les membres peuvent moyennant 10 francs déguster un repas qui, paraît-il, ne souffre pas trop des restrictions, est doté en outre d’un bar tout empli de sympathiques bouteilles multicolores. Ces demoiselles ne sont pas oubliées : une salle leur est réservée […] La salle des réunions réunit chaque semaine un cercle attentif d’étudiants autour de conférenciers renommés. […] Sous l’égide de ce grand Français, de ce jeune et chic type que fut Jean Mermoz, un service de leçons particulières permet d’aider chiquement et sans en avoir l’air ceux d’entre les copains que la situation actuelle peut accabler.
Au lendemain de la défaite, le Cercle avait élargi son champ d’action à l’accueil « cordial et fraternel » des étudiants réfugiés et à l’aide aux étudiants prisonniers (acheminement des cours et livres scolaires). Il est en outre une des associations subventionnées par la municipalité pour l’envoi de colis aux prisonniers.
Les conférences hebdomadaires organisées par le Cercle Mermoz expriment une idéologie parfois difficile à distinguer du pétainisme. Par exemple, le 13 mars 1941, Louis Madelin fait l’éloge des « petites patries » ; le mardi suivant, la « parole autorisée » d’André Chérier, délégué régional à la jeunesse, porte sur « l’étudiant et la formation des chefs ». Mais, malgré ce que pourraient également laisser croire certains spectacles proposés par le Cercle (15 mars 1942 : « Grande matinée artistique : Le Triptyque du Maréchal. Travail. Famille. Patrie, drame social en 3 actes de P. Favier »), le P.S.F. (désormais renommé Progrès Social Français depuis la suppression des partis politiques pendant l'été 1940) ne s’est pas rallié à Vichy ; il a refusé toute participation à la Milice et à la Légion des Volontaires Français (L.V.F.) ; il a fourni une assistance aux maquisards, aux israélites, aux prisonniers évadés. Le Progrès National Français est dissous en novembre 1942 ; ses dirigeants sont arrêtés en mars 1943 ; La Rocque lui-même est déporté.
Ceci explique sans doute que l’activité du Cercle Mermoz se ralentisse considérablement à partir de 1942 ou du moins qu’elle ne trouve plus d’écho dans la presse collaborationniste lyonnaise, laquelle se contente d’annoncer rituellement, chaque décembre, une messe à Saint-Nizier « à la mémoire de Mermoz et de tous les membres du P.S.F. ». Mais Vichy veille à l’encadrement de la jeunesse : en janvier 1941, se forment les C.U.R.N. (Comités Universitaires pour la Révolution Nationale), « groupement orienté vers l’action et destiné à réunir le meilleur de la jeunesse française, qui se propose de faire pénétrer chez les étudiants les saines idées exposées par le Maréchal » et à « étouffer la propagande antinationale qui tend à se développer dans les milieux étudiants ». Les C.U.R.N ont leur siège central au Café de la Brioche, rue de la Barre.
Sources : Lyon-Soir/le Salut-Public, 5 octobre, 13 novembre, 18 décembre 1940 ; 8 et 25 janvier, 18 février 1941.

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