lundi 13 février 2023

Musique

  L’opérette

 

Le bonheur musical de l’opérette – voire de l’opéra comique - s’apparente davantage à la variété chansonnière* ou au music-hall*, qu’à l’opéra, emblème prestigieux de l’art lyrique. Les divettes sont plus proches des chanteuses de variétés (ce sont parfois les mêmes) que des cantatrices qui brillent chez Massenet, Rossini ou Wagner, et les chanteurs de charme ne peuvent se confondre avec les stentors de la scène lyrique. Étranger aux mille nuances de la spiritualité, ce divertissement pour un public moins élitiste est prodigue en sourires optimistes et allusions coquines. Ses mélodies entraînantes et ses intrigues sentimentales gentiment artificielles mettent à l’abri des arrêts du destin… et de toute censure. L’action se déroule dans un milieu où mariage et argent tiennent une place centrale ; les personnages sont des emplois codifiés, plus que des créations originales ; on fredonne les airs d’opérette dans la bonne humeur.

 

Le triomphe du genre à Paris s’était étendu de 1850 à 1914. Quand les scènes de Lyon ou du Théâtre de Villeurbanne reprennent cette tradition, l’âge d’or de l’opérette était passé depuis vingt-cinq ans. Mais il avait façonné de façon durable l’imagerie d’une bourgeoisie conservatrice qui aime à se distraire, dans la tradition du Paris festif du Second Empire et de la première moitié de la troisième République.

 

Citons les titres que les théâtres et salles de spectacle lyonnais* (Célestins*, salles Rameau*, Saint-Vincent de Paul, François Coppée*) et le théâtre de Villeurbanne ont retenus pour leurs programmations :

La Poupée de Nuremberg (Adam, 1852) ; Si j’étais roi (Adam, 1852) ; La Belle Hélène (Offenbach, 1864) ; Le Voyage en Chine (Labiche, 1865) ; La Chauve-souris (Johann Strauss, 1874) ; La Créole (Offenbach, 1875) ; Le Grand Mogol (Audran, 1877) ; Les Cloches de Corneville (Planquette, 1877) ; Le Petit Chaperon rouge (Blum et Toché, 1886) ; Véronique (Messager, 1898) ; Les Mousquetaires au couvent (Varney, 1880) ; Rip (Planquette, 1884) ; La Mascotte (Audran, 1890) ; La Veuve joyeuse (Lehár, 1905) ; Rêve de valse (Oscar Straus, 1907) ; Le Comte de Luxembourg (Lehár, 1909).

Des pièces plus récentes, dont les auteurs sont presque tous vivants, figurent au programme :

Monsieur Beaucaire (Messager, 1919) ; Le Tsarevitch (Lehár, 1927) ; Princesse Czardas (Kälman, 1915) ; Dédé (Christiné, 1921) ; Ciboulette (Hahn, 1923) ; L’Amour masqué (Guitry, 1923) ; Le Pays du sourire (Lehár, 1923) ; Térésina (Oscar Straus, 1925) ; Paganini (Lehár, 1925) ; Le Chant du désert (Romberg, 1926) ; Passionnément (Messager, 1926) ; Un bon garçon (Yvain, 1926) ; Dernière Valse (Oscar Straus, 1926) ; Coups de roulis (Messager,1928) ; L’Auberge du Cheval-Blanc (Benatzky, 1930) ; Valses de Vienne (Johann Strauss, 1931) ; Le Comte Obligado (Moretti, 1935) ; Trois Valses (Oscar Straus, 1935) ; Un de la Canebière (Scotto, 1935) ; La Véridique Histoire du docteur (Thiriet, 1936) ; À l’escale du bonheur (Martinet, 1940) ; Sous le ciel de Cassis (Martinet, 1940) ; Ce coquin de soleil (Vincy, 1940) ; Les Compagnons de la vertu (Scotto, 1940) ; Zou vas-y (Scotto, 1941).

Au total, plus de quarante titres sont offerts au public lyonnais, répartis sur presque soixante-dix programmations. Vingt-quatre compositeurs (19 français, 5 étrangers) se partagent le palmarès. Les voici :

Lehár (10), Messager (9), Offenbach (8), Straus (7), Planquette (3), Audran (3), Johann Strauss (3),  Adam (2), Hahn (2), Kälman (2), Martinet (2), Scotto (2), Varney (2), Yvain (2).

Les autres ont été programmés une seule fois : Benatzky, Blum et Troché, Christiné, Laparra, Labiche, Lecoq, Mathot, Myr, Romberg,Vincy. On remarque l’absence d’Hervé, passé de mode dès avant la guerre.

En dépit de l’installation dès le mois de novembre 1940 d’une troupe sédentaire d’opérette, et même si la revue des Folies Bergère fut programmée aux Célestins en 1940, les représentations ont été plutôt pauvres de 1940 à 1941. Mais les trois années suivantes marquèrent un fort attachement à ce genre musical dans lequel brillait la France. Bref : les Lyonnais aiment les opérettes. Elles se confondent presque parfois avec les « revues » (Éclats de rire de Max Régnier est restée célèbre), un genre hybride qui fit florès surtout dans les derniers mois de l’Occupation. Il faudrait ajouter les matinées enfantines, où se donnaient des opérettes comme Dindonnette au pays des fées, Le Mariage de Blanche-Neige (Bourbon et Moretti, 1941), etc.

 

Sources : B. Duteurtre, L’Opérette en France, Fayard, 2009 ; Le Salut public, 1940-1944. 

[M. P. Schmitt]