dimanche 2 juillet 2023

Loisirs populaires

 Bals et dancings

L’entre-deux-guerres avait été l’âge d’or du bal, devenu le loisir populaire par excellence, qu’il s’agisse du bal-musette de quartier, de la guinguette (immortalisée par le film La Belle Équipe de Duvivier) ou, phénomène nouveau, du dancing payant.

Dès la mobilisation, en septembre 1939, les bals furent interdits à Paris et les dancings y furent fermés. Ceux-ci continuèrent à fonctionner ouvertement à Lyon pendant quelques mois : de janvier à mai 1940, le Lido et son orchestre proposent chaque jour à 16h00 un thé dansant ; le dancing est également ouvert tous les dimanches sans interruption de 16h00 à 23h00 (entrée au Palais d’Hiver, 149, boulevard Stalingrad). Tout s’arrête après le 19 mai 1940, quand un décret de Georges Mandel, ministre de l’Intérieur du gouvernement de Paul Reynaud, étend l’interdiction parisienne à tout le territoire national.

Le gouvernement de Vichy n’est donc pas à l’origine des mesures contre les dancings et les bals. Mais on comprend aisément qu’il n’ait pas jugé opportun d’autoriser à nouveau un loisir associé au Front populaire, et à l’esprit de jouissance qui avait conduit la nation à la défaite. D’autant plus que les danses venues d’outre-Atlantique (charleston, fox-trot, rumba, tango…) et les rythmes de Ray Ventura, Johnny Hess, Charles Trenet et du jazz avaient supplanté les traditions nationales et folkloriques. En zone occupée comme en zone Sud, l’interdiction demeura donc, tandis que le cinéma, le théâtre et les spectacles sportifs retrouvaient une vie à peu près normale. Danser devint un loisir strictement clandestin.

Les annonces publiées dans la presse donnent une idée du triste destin des dancings. Le 23 mai 1940 est vendu en enchères publiques un fonds de commerce de Cabaret-Bar-Dancing dénommé « Mexico-Bar », rue Gasparin, n° 25. Le 25 janvier 1941, Mme Fouque vend le fonds de commerce de brasserie, de concert, music-hall et salle de fêtes qu’elle possédait au 262, rue de Créqui sous la dénomination de « Grand Palais ». Le 21 avril 1941, Marcel Fambon et son épouse cèdent le fonds de commerce de café-comptoir, jeux de boules et dancing qu’ils exploitaient au 158, grande rue de Montplaisir sous la dénomination de « Café des Lilas ». Le Trianon-Dancing, à l’angle de la rue Edison et de la rue Paul-Bert, vivotait en accueillant d’autres activités, telle une répétition pour la clique de la Légion en janvier 1942.

À la Libération, on a d’abord beaucoup dansé, à Lyon comme ailleurs ; mais dès octobre 1944, Adrien Tixier, ministre de l’Intérieur, rappelle aux préfets que les bals restent interdits et que les salles de danse qui ont rouvert doivent fermer, ainsi que les boîtes de nuit de la Presqu’île (Le Diabolo, rue Thomassin ; La Pergola, rue Simon Maupin ; La Bellecordière, rue Bellecordière ; El Baraka et La Mascotte, rue Confort ; Le Perroquet et Les Capucines, rue des Archers ; L’Oura, rue Gasparin ; et Chez Lucienne, rue de l’Hôtel de Ville) En effet la guerre continue et l’heure n’est pas au relâchement. Il fallut attendre le 30 avril 1945, pour que fût rétablie « la liberté de la danse » ; mais les bals ne retrouvèrent jamais leur popularité d’avant-guerre chez les Français qui leur préférèrent désormais d’autres distractions.

 

Sources : Vous n’irez plus danser ! Les bals clandestins 1939-1945 (catalogue d’exposition), éditions Ouest-France, 2021 ; Le Salut public, rubriques « La Soirée lyonnaise » et « Petites annonces » ; A.D. du Rhône (182w154)

 

Jean Gabin dans La Belle Équipe, 1936

Aucun commentaire: