vendredi 26 avril 2024

Cérémonies

 La Légion des Combattants place Bellecour

Le dimanche 30 mars 1941 est organisée une grande cérémonie place Bellecour, à l’occasion de la remise par le général Laure, délégué du maréchal Pétain, du drapeau et des fanions à la Légion des Combattants. Créé sept mois auparavant, le 29 août 1940, par le Maréchal Pétain sur proposition de Xavier Vallat, secrétaire général aux Anciens Combattants, ce regroupement d’associations d’Anciens Combattants de la Grande Guerre, rassemble les plus fidèles soutiens et admirateurs de la Révolution nationale et de Pétain, symbole de la bataille de Verdun un quart de siècle auparavant. Son siège est à Vichy, mais son antenne lyonnaise, qui veut être « les yeux et les oreilles du Maréchal » dans la plus grosse ville de la zone non occupée, est située au 17 rue de l’Hôtel-de-Ville après un bref passage rue des Capucins. Sur 80 000 anciens combattants rhodaniens, 45000 sont inscrits à la Légion.

La cérémonie se déroule en grandes pompes place Bellecour, laquelle avait failli être débaptisée pour porter le nom de « Maréchal Pétain ». L’intéressé avait décliné l’offre, par respect  pour le nom qu’avait porté cette place majestueuse à son origine, peut-être aussi pour ne pas inciter les mauvais esprits à comparer la statue de Lemot, installée ici depuis plus d’un siècle, et qui représente le tout-puissant  Louis XIV habillé en empereur romain, avec le patronyme  d’un noble vieillard à la tête d’un pays écrasé par l’ennemi.

Les autorités réunies veulent donner l’image d’une nation rassemblée autour du drapeau tricolore et de la religion catholique. Ce qui donne à l’événement une portée nationale : l’État (le préfet),  l’Armée, l’Église, les mouvements de jeunesse, la Croix-Rouge et les Amitiés africaines, tous sont là pour communier dans l’élan patriotique.

La cérémonie avait commencé tôt le matin à la cathédrale Saint-Jean. Le cardinal Gerlier primat des Gaules avait béni les drapeaux des légionnaires et prononcé une allocution dans laquelle il exhortait les Français à rester « unis fraternellement ». On avait joué la symphonie n° 3, pour grandes orgues et orchestre de Saint-Saëns, compositeur très apprécié par Vichy. À la sortie de la messe, la foule nombreuse et enthousiaste s’était rangée en un long cortège et s’était mise en mouvement pour rejoindre quelques centaines de mètres plus loin la place, où tout était prêt pour rendre les honneurs aux légionnaires. Béret sur la tête, insigne bleu et vert agrafé au revers de leur veston, ils sont entourés de leur Musique, des associations sportives, des Compagnons de France, du gouverneur militaire le général Frère, du recteur André Gau, du nouveau doyen de la Faculté des Lettres (un certain Peyssel) , etc. La Légion défile, drapeaux, fanions et fanfare en tête. Au bout de la place éclate La Marseillaise et le général Laure fait son apparition, suivi du nouveau directeur de la Légion François Valentin et du président de l’Union départementale Émile Roux, du préfet du Rhône Alexandre Angeli, du cardinal Gerlier et de quelques autres. Le général Laure passe devant la rangée des fanions, accompagné par M. Vicaire, secrétaire général de la Légion. Et remet son fanion à chacune des sections. Les légionnaires sont au garde à vous, la musique fait claquer Aux couleurs et La Marseillaise. Le drapeau tricolore flotte au-dessus des Légionnaires. Dans son allocution, Roux donne des trois couleurs nationales une définition inédite : le bleu, c’est « le blason de l’idéal » ; le blanc, « le symbole de la vertu française » ; le rouge, « une éclaboussure pourpre récoltée sur les champs de bataille », et qui « enseigne à nos enfants la beauté sanglante du sacrifice ». C’est au tour des troupes de la garnison de défiler. La cérémonie se termine, mais pas l’histoire de la Légion des Combattants. Patriotes, pacifistes et maréchalistes lors de la création du mouvement, bon nombre de Légionnaires se tournèrent vers des organisations d’inspiration délibérement fasciste la LVF (Légion des Volontaires Français), le SOL (Service d’Ordre Légionnaire), puis la Milice.

 

Sources : Gérard Chauvy, Lyon occupé 1940-1944, Éditions Lyonnaises d’Art et d’Histoire, 2019. Le Salut public, 30 mars 1941. La Vie Lyonnaise, n° 961, 5 avril 1941.

 [M.P.S.]

 
Le discours de M. Roux, président de la Section Lyonnaise