La Maison dorée : un music-hall à Bellecour
Depuis 1852, le côté méridional de la place Bellecour est occupé par deux pavillons construits par Tony Desjardins. Tentons, à partir d’informations parcellaires et souvent contradictoires, de reconstituer l’histoire de celui situé le plus à l’ouest, le plus proche de la Saône, orné de médaillons sculptés par Joseph Hugues Fabisch.
On sait qu’en 1856, un café éphémère et mal famé fut remplacé par un établissement plus convenable, voire chic : « La Maison dorée », ainsi nommée à l’imitation du fameux restaurant du boulevard des Italiens, un des centres de la vie culturelle parisienne du XIXe siècle, berceau du tournedos Rossini. Selon le site ONLYLYON Tourisme, avant que le pavillon ne soit acquis en 1965 par la ville de Lyon (en 1965) qui en fit une salle d’exposition (« La Maison de Lyon » en 1968, puis « Le Rectangle »), et enfin le siège des bureaux l’Office de Tourisme du Grand Lyon (2009 ?), la Maison dorée de Bellecour fut « pendant un siècle un café-restaurant dansant » Ce qui n'est pas tout à fait exact puisqu'elle abrita successivement ou simultanément d'autres activités, tel le Club d’Échecs de Lyon, de 1929 à 1940.
Ce qui nous intéresse, c'est sa renaissance en 1940, annoncée dans la presse : « La Maison Dorée. Réouverture 4 avril. Thé dansant 16h. Soirées 21 heures ». Un programme plus précis est laconiquement publié le 15 avril : « T. l. jours thé dansant et soirée. Dimanche mat. 15h. Orch. Roch. » (l’orchestre Roch était l’orchestre du Palais d’hiver, qui se produisait dans d’autres diverses salles de la ville, notamment le Perroquet). Puis plus rien avant le novembre-décembre, quand est annoncé à plusieurs reprises un « Concert attractif à 20h15. Jean Tristan et Marcelle Derly ». Après quelques mois timides, rendus difficiles par la guerre, les restrictions et les contraintes administratives, la Maison dorée prospère soudain, dès les premiers jours de 1941.
Au cours de cette
année-là, plus de trente artistes s’y succèdent. Outre les susnommés, ce sont
(par ordre alphabétique ) : les fantaisistes Anne Marie ; Brouet,
baryton de l’Opéra de Paris ; Jean Campan de Mogador ; la jeune
Jany Carnac et ses chansons de marins ; le chanteur marseillais Charllys ; la chanteuse Betty
Daumier ; Lidy Doriane ; le sympathique comique Michel Dauriac de
l’A.B.C. ; le comique populaire Dupuis ; le ténor Otto Fassel ;
Mario Ferrari, du Casino de Paris ; Firzel, vedette de l’Empire ;
Lily Flor ; le ventriloque Marc Florent et l’incorrigible Toto ; le
comique fantaisiste André Hals ; l'illusionniste Hardy; Margarett Kito, du Moulin Rouge ; Mme Lamotte de l’Opéra de Genève ;
Léonard, fantaisiste imitateur ; Jacqueline Lussas, jeune chanteuse à la
voix agréable ; Yvette Mercier, la reine de l’accordéon ; Blanche Poupon ; Maïa
Roanet, grand prix de mélodie française ; Bobby Robber, partenaire de
Mistinguett à la revue de l’A.B.C ; les magiciens Rosky (un miracle du cerveau humain) et Inès, de l’Alhambra ; l’équilibriste jongleur
Rozéals ; Spada, fantaisiste marseillais ; le chanteur Géo
Tristal ; Augusta Ugnon du Théâtre Mogador ; André Vermal; Vertal, le
fantaisiste ; le jongleur Wrals. Ces artistes souvent venus des théâtres
et music-halls parisiens n’ont guère laissé de trace. La partie dansante est
tour à tour assurée par plusieurs formations : les orchestres F. Adison (jazz), Jean Tristan, Paul Bell, Ravaux et René
Grey (swing) et Solari.
Le 8 avril 1941, l’établissement s’offre pour la première fois un encart publicitaire dans Lyon-Soir :
Attention !
à la Maison dorée
ce soir débute
Mario Ferrari
du Casino de Paris
qui présente
son célèbre orchestre attractif.
De la gaîté, du swing, des sketches.
En représentation à la demande générale :
le comique populaire
Michel Dauriac
le vrai.
Tous les soirs à 20h30.
Dimanche et fêtes, matinée
Nous n’avons en revanche trouvé aucun renseignement sur le volet gastronomique. La Maison dorée a-t-elle été un restaurant ? Oui, et plantureux, à en croire La Première, le feuilleton d’Henriette Waltz que publie le Salut public en 1940-1941 : « Ils venaient de dîner à la Maison Dorée. Le café se prenait sous les marronniers poussiéreux au grincement des trams. Trop bien dîné. La nourriture enivre.» Mais c’est de la première Maison dorée qu’il s’agit ; celle des Années folles, et non celle de l’Occupation.
En 1942, la Maison dorée accueille encore le fameux fakir Ben Aga, les jongleurs acrobates Rosarios, le célèbre ténor Tofoni, la nouvelle vedette de la chanson de charme Sylvaine Guy, la plus jeune virtuose accordéoniste Yvette Horner, la danseuse acrobatique Minou Tolonas et le champion de force Brébart ; mais les programmes se renouvellent moins. On se rabat sur des concours de chant pour amateurs ou de simples soirées dansantes animées par le quintette swing de Ralph-Aubert. Le nouveau directeur artistique Dominique Valéry (qui a remplacé Michel Dauriac) a beau proclamer crânement que la Maison dorée est « la capitale du music-hall lyonnais », la concurrence est rude avec d’autres salles, telle la brasserie Thomassin. La Maison dorée accueille certes « l’inénarrable comique de la scène et de l’écran Fransined, frère de Fernandel », mais c’est au Pathé-Palace que s’était produit Fernandel lui-même (6 octobre 1941). En décembre 1942, on annonce la venue de Damia, gloire pâlissante de la chanson réaliste, mais c’est aux Ambassadeurs qu’avait chanté la nouvelle étoile, Édith Piaf. Le retour des Allemands à l’automne, la multiplication des couvre-feu n’arrangent pas les affaires.
En 1943, on ne parle plus que du « foyer de la Maison dorée », un restaurant communautaire pour les familles des travailleurs partis en Allemagne. Il faut avouer, écrit le Salut public, que l’Office de placement allemand, a réussi, grâce à des séances récréatives et cinématographiques (cycles Marika Rökk, Jenny Jugo, Zarah Leander) « à former une ambiance sympathique ».
Sources : https://www.visiterlyon.com/ (consulté en mars 2024) ; Lyon-Soir, édition du Salut public, 1er avril 1940 ; 8 avril 1941 et passim ; 18 novembre 1942, 13 mars 1944.
Rassemblement de vélomoteurs "Radiorette"
devant la Maison dorée, 1930-1935
© B.M. Lyon

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