Scandale rue Gorjus
Les gaines « Scandale » de la Société Occulta, se sont employées pendant les années d’avant-guerre à justifier leur nom par une série de publicités sensuelles et provocantes, notamment une photographie de femme aux seins nus qui fit jaser en 1933, à Lyon comme ailleurs. Sous l’Occupation, l’heure n’est plus à la frivolité. Le dessinateur maison, M. S. de Saint Marc, abandonne les créatures sportives et dénudées pour célébrer la mère de famille consciencieuse mais néanmoins élégante.
À l’automne 1941, Dans le cadre des « grandes enquêtes de Lyon-Soir à la Foire », Marc Dubu publie un article intitulé « Présents, Monsieur le Maréchal », où, sur un ton résolument optimiste, il entend démontrer la bonne santé de l’industrie française, dont Occulta (« 20 millions de chiffre d’affaires ») est un fleuron. Le journaliste est en outre un fervent partisan de la gaine, ce rempart symbolique contre le relâchement général qui rend à la femme le maintien qu’elle avait perdu sous la IIIe République. « Artistes et médecins reconnurent bien vite que loin d’être nuisible à la santé de la femme, ce corset moderne lui était au contraire indispensable ! » Il part donc enquêter sur le plateau de la Croix-Rousse, où l’on peut encore admirer, au 51 de la rue Deleuvre et au 38 de la rue Henri-Gorjus, les bâtiments industriels construits par l’architecte Marcel Sautour, élève de Tony Garnier.
Tout au bout de la rue Henri-Gorjus qui s’étire sans hâte vers la campagne, j’ai découvert l’usine de la société Occulta où l’on fabrique la gaine Scandale. Oh ! la coquette usine où tout sent bon la Femme. — Un bureau somptueux m’accueille, de vastes proportions, baigné de lumière par une baie gigantesque qui encadre tout un horizon de verdure jaunissante ; tapis épais, plafond à caissons ; cheminée monumentale, Gobelins : tout y est d’un goût sûr.
Sous la conduite de M. Robert Perrier, son directeur, j’ai visité l’usine. Depuis 1929, la société Occulta fabrique ces gaines qui ont fait la conquête des femmes élégantes et qui portent depuis 1935 le nom de « Scandale ». Mais depuis 1939, Occulte fabrique directement — et le fait est unique en Europe — le fil de caoutchouc qui lui sert à faire le tissus élastique avec lequel sont confectionnées ses gaines. J’ai vu de mes yeux se produire le miracle.
L’article se conclut sur ces spirituels propos du directeur : « Croyez-vous sincèrement qu’à un moment où l’on ne parle que de redressement national, les femmes françaises soient assez légères pour s’abandonner ? »
Sources : https://artifexinopere.com/blog ; Le Salut public, 3 octobre 1941

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