14 juillet 1940
C’est sans déplaisir que du 4 au 6 juillet 1940 les Lyonnais avaient vu les Allemands quitter la ville, déclarée « ouverte » dès le mardi 18 juin. Mais la situation restait extrêmement grave, même après leur départ (voir La première occupation). Lyon est soulagée de se trouver en zone « non occupée », mais à côté du désastre militaire et politique, la vie pratique, sociale et professionnelle est profondément perturbée. Les deuils familiaux ont été nombreux à la suite des combats ; on ne sait rien des prisonniers si ce n’est qu’ils ne seraient libérés qu’après la signature d’un traité de paix. Pétain, devenu le chef de l’État, a installé son gouvernement à Vichy (et non à Lyon comme on l’a cru un instant...) La nouvelle municipalité se met difficilement en place, prête à servir la Révolution nationale, hostile aux radicaux-socialistes (Édouard Herriot au premier chef, dont les jours en tant que maire de Lyon sont comptés), à de Gaulle, aux Anglais et aux Soviétiques. Quelques signes avaient suggéré avant même le départ des Allemands, le retour timide à certaines libertés ; mais dans La Vie lyonnaise du 27 juillet, une « Lettre de Lyon » assez sombre de Charles Bobenrieth est ponctuée de blancs qui signalent la vigilance de la censure. Certes, le drapeau français avait été hissé à nouveau au fronton de la préfecture (7 juillet), mais cela n’avait été accompagné d’aucun discours officiel.
Dans une atmosphère de grande tristesse, les autorités militaires, religieuses et administratives organisent pour le 14 juillet des cérémonies officielles, placées sous le signe du recueillement et de la nécessaire reconstruction. La France n’est pas morte ; Lyon non plus : victime du sort contraire des armes, la population doit se montrer patriote, digne et disciplinée, et surtout garder l’espérance au cœur.
Dès le matin, le général Touchon, nouveau gouverneur militaire, passe en revue les troupes de la garnison, celles qui avaient reçu l’ordre de ne pas opposer de résistance à l’envahisseur et qui à présent défilent de Perrache aux Terreaux. Sous la pluie, et devant les autorités regroupées de façon désordonnée sur le parvis de l’hôtel de ville, un détachement de soldats rend les honneurs, tandis que des bouquets de drapeaux tricolores veulent faire oublier l’oriflamme à croix gammée affiché il y a peu au fronton du bâtiment.
Les autorités se rendent aux monuments aux morts, celui des Enfants du Rhône et celui de l’île aux Cygnes au Parc de la Tête d’Or. Herriot est présent, tout comme son premier adjoint Cohendy, bientôt maire à son tour. Le préfet Bollaert, qui a demandé aux fonctionnaires du Rhône d’assister à la cérémonie, est là lui aussi. Le cardinal Gerlier, les Anciens Combattants,, les représentants des institutions, le doyen de la faculté des Lettres, les mouvements de jeunesse, les enfants des écoles, les pompiers, etc. : tous assistent au dépôt de palmes et de gerbes. Ils observent une minute de silence devant les noms de ceux tombés lors des guerres contre la Prusse (1870) ou l’Allemagne (1914-1918). Le paradoxe étant que l’ennemi allemand d’il y a encore quelques semaines à peine est désormais remplacé par les Anglais, dont on stigmatise durement les bombardements, celui par exemple qui détruit la flotte française à Mers-el-Kébir.
Tandis que le maréchal assiste à une messe dans l’église Saint-Louis de Vichy, une autre messe est dite à 11 heures par le cardinal Gerlier en la primatiale Saint-Jean, pour honorer les soldats qui avant le 18 juin étaient tombés pour défendre Lyon. Devant une foule « considérable », le primat des Gaules exhorte la jeunesse à relever la France, et la cérémonie se clôt sur un émouvant De profundis. De leur son côté, les pasteurs Rivet et Causse président le service religieux protestant du Nouveau Temple quai Victor-Augagneur ; eux aussi évoquent la mémoire des « glorieux défenseurs de la patrie tombés pour la France », comme ceux de l’Armée des Alpes et de la 28e division. Quant aux israélites, Le Salut public signale en trois lignes et demie leur cérémonie « à la mémoire des morts de la guerre de 1939–1940 ».
Autour de l’Armée et des Églises, Lyon a voulu rassembler la nation endeuillée dans l’honneur, en ce 14 juillet, tout de même resté fête nationale.
Sources : La Vie lyonnaise, 13 et 27 juillet 1940 ; Lyon Soir - Le Salut public, dimanche 14 juillet et passim.
[M. P. Schmitt]

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