Un rude hiver
Le vendredi 27 décembre 1940, une vague de grand froid s’abat sur la France. Cette nouvelle épreuve s’ajoute à une longue liste de désagréments accumulés depuis huit mois à Lyon. Le thermomètre descend jusqu’à –16°. Au niveau de la gare d’eau de Vaise, la Saône gèle entièrement. Le 28 décembre, un concurrent de la coupe de Noël disputée par les Sauveteurs lyonnais, se noie dans les remous du Rhône au pont de la Guillotière, foudroyé par une congestion. La situation empire quand une tempête de neige s’abat sur la ville quelques jours plus tard. Les stalactites géantes qui s’accrochent à la structure métallique du pont Lafayette offrent un joli spectacle, mais elles sont le signe de la gravité de cet épisode neigeux. La circulation automobile devient impossible, tout comme celle des tramways. La gare de Perrache est à l’arrêt, la couche de neige dans le rues atteint trente centimètres. Le ravitaillement, qui se faisait mal compte tenu des plans drastiques de restrictions, connaît des difficultés accrues. Dans la campagne, la situation n’est guère plus favorable. Les animaux d’élevage souffrent. Les oiseaux ne trouvent plus à manger et sont chassés clandestinement, y compris les corbeaux (et les éperviers !) qui offrent une chair à peu près comestible au bout de quatre à six heures de cuisson. Une rumeur persistante voudrait que des chats aient fini promptement en civets. La situation profite au marché noir, la combine permettant de se procurer quelque nourriture sans les tickets de rationnement, dont la distribution est entravée. Dans les proches environs de la ville, le système D donne toute sa mesure. Le lait, qu’on ne peut plus acheminer dans les magasins d’alimentation, est transformé par les particuliers en fromages. Le circuit électrique est profondément perturbé, on manque de piles, on restaure des systèmes archaïques d’éclairage. On décrète que la ration de charbon pour les moins aisés passera en 1941 de 100 à 150 kilos, mais c’est précisément le moment où il s’est raréfié. De nombreux arbres sont abattus.
Certains Lyonnais voient en ces chutes de neige une aubaine pour satisfaire leur goût pour les sports de glisse. Une compétition est même organisée par le Club Skieur Rhodanien sur le mont Thou le dimanche 29 décembre. Le dimanche suivant, ce sont les Amis du ski qui proposent une course aux renards. Au 17 janvier, l’enlèvement des neiges a coûté, selon Georges Cohendy président de la délégation spéciale qui depuis septembre remplace la municipalité, la somme considérable de 2 150 000 francs. À partir du 18 la température remonte et vient le dégel. On patauge dans les rues au bonheur des enfants, mais plus sérieusement, les quatre rives de la Saône et du Rhône sont inondées, entravant à nouveau la circulation. Gerland a les pieds dans l’eau, le bas-port du quai Saint-Antoine est totalement inaccessible, pour ne citer que deux exemples. 1941 commence mal pour les Lyonnais. La suite ne sera guère plus favorable. Les beaux jours sont encore loin.
Source : La Vie Lyonnaise n° 957, 8 février 1941.
M. P. Schmitt

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