La Foire sans Herriot
L’ouverture de la Foire de Lyon le 27 septembre 1941 marque une étape importante dans l’histoire de cette institution lyonnaise. Le maire de Lyon Édouard Herriot avait sans relâche depuis 1915 œuvré à la tenue annuelle de cette « foire d’échantillons », en précisant avec son humour légendaire, que cela devrait permettre de réaliser le maximum d’affaires dans l’espace le plus restreint possible, coûter un minimum d’argent à la Ville et se dérouler dans un minimum de temps. Ouverte en 1916, cette foire marchande très populaire se développa par étapes successives jusqu’en 1939 en dépit de nombreuses difficultés pratiques, acquérant de la sorte sur la scène européenne une place prépondérante en matière de contacts économiques et d’innovations techniques. Année après année, les pavillons d’exposition des industriels de nombreux pays se multiplièrent (Suisses, Britanniques, Tchèques, Italiens., Nord et Sud-Américains, Chinois...), y compris celui de l’Allemagne, qui entendait n’être plus l’ennemi vaincu de 1918 et qui veillait à ce que cette Foire de Lyon n’éclipsât pas celle dont elle était devenue la rivale, la très ancienne foire de Leipzig. Son emplacement varia plusieurs fois (palais du Commerce, palais de Bondy, palais de la Mutualité, place Bellecour et même lycée Ampère…), tout comme les projets immobiliers, et on eut de plus en plus de mal à loger des exposants toujours plus nombreux. On construisit progressivement des halls en béton entre les berges du Rhône et le parc de la Tête d’Or.
La Foire était scindée en deux moments distincts. La foire de printemps (ouverture le 1er mars) était consacrée à l’habillement et à la mode, à l’imprimerie et à la photographie ; celle d’automne, à l’industrie et à la chimie, au bâtiment, à l’alimentation et aux produits coloniaux. Cela jusqu’en 1939 et même 1940, quand furent célébrés le rôle patriotique de la femme et la puissance de la marine française. Mais les événements politiques et militaires interdirent bientôt la tenue de cette manifestation internationale au printemps 1941 ; d’ailleurs, dès le printemps précédent, les bâtiments avaient été réquisitionnés par l’armée et ils durent héberger les réfugiés de l’est que l’invasion allemande avait jetés par milliers sur les routes.. La session d’automne de cette année put donc apparaître comme une « Renaissance de la France » sur la scène internationale. Ce qui n’allait pas sans paradoxe pour le nouveau régime, le grand artisan de cette Foire, Édouard Herriot, ayant été écarté de la mairie et sommé de ne pas sortir de sa propriété de Brotel en Isère. Le Maréchal avait officiellement déclaré que cette Foire devait se tenir et les cérémonies furent placées sous le signe de la fierté nationale, faisant reléguant au second plan la réussite d’une municipalité, incarnée désormais par le nouveau maire nommé par Vichy, Georges Villiers.
L’inauguration par le Maréchal et l’amiral Darlan, le dimanche 28 septembre, fut de très courte durée et se déroula au pas de charge sur une dizaine d’heures. La visite de la Foire par le chef de l’état n’était d’ailleurs qu’un bref épisode parmi ceux qui marquèrent la journée. À 9 heures 15, le maréchal arrive à la gare de Perrache par train spécial. Tous les corps constitués et leurs dirigeants sont présents : le préfet Angeli, le général de Saint-Vincent gouverneur militaire de Lyon, le maire de Lyon, le secrétaire d’état au ravitaillement Charbin (ex-représentant de la chambre de Commerce), d’autres encore. Le 153e RIA rend les honneurs. Puis le convoi officiel, acclamé par une foule que la presse dit nombreuse et ardemment patriotique, se dirige vers la préfecture, où le chef de l’état s’adresse aux maires du département du Rhône pour leur manifester sa confiance. Il assiste ensuite à une messe basse dite par le RP Chataignier des Missions Africaines à Saint-Bonaventure en présence du cardinal Gerlier. Il se rend alors sur les lieux où se déroule la Foire. Après quelques minutes dans une exposition florale, il parcourt rapidement les allées du Petit et du Grand Palais. Ostensiblement, il choisit de passer devant les stands des organisations sportives, en négligeant ceux des industriels, en grand nombre cependant, mais qui auraient pu trop visiblement passer pour les représentants d’un dynamisme industriel, peu représentatif du choix de la ruralité française au fondement – encore très vivace à l’automne 1941 – de la politique vichyssoise. Philippe Pétain est plus à son aise à la Maternité de l’Hôtel-Dieu : tandis que Darlan remet la Croix de guerre à Mme Meifredi, qui s’est comportée de façon héroïque en se portant au secours des blessés lors de la première invasion allemande, le maréchal en personne décore de la Légion d’honneur la directrice de la Maternité, Mère Bouvier. Il déjeune avec les religieuses et part ensuite pour le Beaujolais, à Fleurie notamment, dont il visite la cave coopérative. À 19 heures 15, il monte dans le train spécial, qui le conduit directement de Villefranche à Vichy, où il arrive à 22 heures 07.
L’embellie relative de la Foire de Lyon en 1941 dura fort peu, puisque l’événement fut absent de la vie lyonnaise de 1942 à 1945, pour ne renaître qu’en 1946.
Sources : Gérard Corneloup, « La Foire de Lyon », Dictionnaire historique de Lyon, Éd. Stéphane Bachès, 2010, p. 500-504 ; Le Salut public, 28 septembre 1941 ; La Vie lyonnaise n° 974 et 975, octobre 1941.
[M. P. Schmitt]
La Foire de Lyon en octobre 1941.
