Tola Vologe
Anatole Vologe est né en 1909 en Lituanie. Sa famille juive fuit les pogroms de l’empire russe et s’installe à Paris avant 1914. Dès 1928, le jeune Tola se distingue dans plusieurs domaines au sein du Stade français (tennis de table, athlétisme et surtout hockey sur gazon). Dans ce dernier sport il fut capitaine de l’équipe de France et participa aux jeux olympiques de 1936. Contrairement à ce qu’on lit parfois, il n’a jamais détenu le record de France du 400 mètres plat, mais il fut un coureur d’excellent niveau, champion de France du 4x400 mètres avec son club.
Démobilisé en juin 1940, il comprend qu’une seconde émigration est à l’ordre du jour et il débarque à Lyon, au 12 rue Lamartine, dans le quartier de Montchat. Il s’inscrit aussitôt au LOU (Lyon Olympique Universitaire), club omnisport où il continue à jouer au hockey. Le compte rendu d’un match perdu contre le Stade de Lausanne en novembre 1941 signale la présence, dans la ligne d’avants lyonnaise, de « Vologe toujours très bruyant ». Divers témoignages indiquent en effet que la discrétion n’était pas sa qualité première. Il participe encore en mars 1942 à une rencontre entre la Suisse romande et la France (zone libre).
Il entraîne et préside la section d’athlétisme du LOU, qui accueille plusieurs internationaux regroupés à Lyon. En septembre 1943, on apprend que « le dirigeant olympien Vologe est suspendu pour 3 ans » par la Fédération Française d’Athlétisme. La raison invoquée est « l’intempérance de langage vis-à-vis du Comité Lyonnais ». Vologe a simplement ignoré cette sanction et continué ses activités d’entraîneur.
Il rejoint le réseau Sport Libre, issu de la Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT), qui dénonce la collaboration de ladite FSGT avec le régime de Vichy et les discriminations qui frappent les sportifs juifs. Il cache des réfractaires au STO. Au LOU et à Sport Libre, il est proche d’Antonin « Tony » Bertrand (futur entraîneur national d’athlétisme et adjoint aux sports de la ville de Lyon). Le dimanche 21 mai 1944, les deux hommes organisent un meeting national d’athlétisme au stade des Iris.
Trois jours plus tard, mercredi 24 mai, Vologe est arrêté par la milice dans un bar de la rue Bellecordière. Remis à la Gestapo et enfermé au fort Montluc, il est abattu quelques jours après, au cours d’une prétendue tentative d’évasion. La rubrique « Funérailles de Demain » du Salut public du 9 juin indique laconiquement : « Institut Médico-légal : Anatole Vologe 35 ans, 7 h. ».
Sources : Gilles Dhers, « Tola Vologe, athlète au cœur de Lyon », Libération, 6 juin 2020 ; « Tola Vologe », Wikipédia ; Nicolas Kriss, « Le réseau Sport libre et la persécution des sportifs juifs sous l’Occupation. La Résistance face à l’antisémitisme d’État dans le sport », in Georges Bensoussan, éd., Sport, corps et sociétés de masse, Armand Colin, 2012, p. 175-182 ; Le Salut public, 19 novembre 1941, 26 mars et 2 novembre 1942, 22 février et 15 septembre 1943, 19 mai et 9 juin 1944.
Tola Vologe devant le stade de Gerland
© CHRD, fonds Tony Bertrand
