dimanche 2 avril 2023

Presse

La presse quotidienne

Selon un rapport commandité en décembre 1940 par le Service de presse et de publicité du ministère des finances, il y avait alors 134 publications périodiques éditées et imprimées dans le département du Rhône, qui se répartissaient ainsi :

·      Quotidiens                      13

·      Bihebdomadaires            2

·      Hebdomadaires             26

·      Bimensuels                     12

·      Mensuels                         58

·      Bimestriels                      10

·      Trimestriels                       8

·      Semestriels                        2

·      Irréguliers                          3

Parmi les quotidiens, il convient de distinguer les 7 titres proprement lyonnais des 6 journaux « repliés » (Paris-Soir, L’Action française, Le Temps, Le Figaro, Le Journal et L’Effort), hébergés par les rédactions et les imprimeries de la presse locale. Celle-ci était dominée Le Progrès, avec ses 300 000 lecteurs, dont 40 000 abonnés, et Le Nouvelliste (150 000 lecteurs, dont 40 000 abonnés). Venaient ensuite Lyon républicain (70 000/8 000), Le Soir de Lyon (30 000), Lyon-Soir (25 000/500) et Le Nouveau Journal (16 000/ 5 000), sans oublier Wiarus Polsky qui tirait à 7 000 exemplaires.

Lyon-Soir fut le titre adopté entre septembre 1936 et le mars 1942 par Le Salut public, un journal fondé en mars 1848 par des républicains lyonnais, mais qui ne tarda pas à se rallier à l’Empire et fut pendant son quasi-siècle d’existence un journal conservateur. Son imprimerie, 71, rue Molière accueillit l’Action française en 1940. La diffusion du Salut public était plus étroitement lyonnaise et son tirage nettement inférieur à celui du Progrès, mais après que ce dernier se fut sabordé le 12 novembre 1942, il gagna en importance jusqu’à sa disparition le 23 août 1944. Tous les journaux qui avaient continué de paraître après l’invasion de la zone Sud par les Allemands furent interdits à la Libération, tels Le Nouvelliste (dont les opinions étaient qualifiées de « nationales modérées catholiques » par les autorités) et Lyon républicain (« radicales socialisantes »). Mais le Salut public ne s’était pas contenté d’un collaborationnisme tiède, ni même du pétainisme radical qui avait été sa ligne éditoriale pendant l’Occupation : dans ses derniers numéros (19 juillet, 28 août 1944), il finit par faire l’éloge de la Waffen SS, un corps d’élite qui « met en relief les qualités de force et de courage de ses ancêtres » et qui « combat pour la construction d’un ordre nouveau », et il salua la jeunesse de France qui, en engageant elle aussi ses élites dans la Waffen SS, « maintient dignement nos traditions ».

Le président du Conseil d’administration était Humbert  Isaac (1878-1975) ; le directeur général, Alfred Meysson ; le rédacteur en chef, Martin Basse (SP, 12 janvier et 1er juin 1941). Martin Basse, Henri d’Hennezel et Louis Rousselon, tous trois académiciens de Lyon, s’occupaient d’histoire, de littérature et de beaux-arts, respectivement ; Henri Collet tenait la rubrique cinéma ; Lucien-Farnoux-Reynaud, un maurassien frais émoulu du Crapouillot, celle du théâtre. Louis de Jarine, venu de l’Action française, s’intéressait aux dialectes et au culte de la patrie… Malgré l’interdiction de leur journal, ces hommes ne semblent pas avoir été inquiétés outre-mesure à la Libération. Basse fut secrétaire général de la classe des lettres de l’Académie de Lyon* de 1943 à 1961, et même son président en 1962 ; une rue de Caluire honore sa mémoire, non loin de la rue Jean Moulin et de l’avenue Général de Gaulle, l’homme dont Lyon Soir savait salué la condamnation à mort (« l'heure de la justice a enfin sonné », 3 août 1940).


Sources : https://www.lectura.plus/2996-le-salut-public.html ; AD de Lyon, 45w83

Le siège du Salut public, 71, rue Molière