Les actualités cinématographiques
Presque dès l’origine, les actualités filmées firent partie des séances de cinéma. Créé en 1909, Pathé-Journal dominait le marché, malgré la concurrence de Gaumont-Actualités, Éclair-Journal et surtout, à partir de 1927, de Fox Movietone News, la première maison à proposer des newsreels sonores et parlantes. Les journaux filmés étaient un hors d’œuvre prisé du public, dans ces années d’avant la télévision ; au point que s’ouvrit à Lyon en 1935 une grande salle du centre-ville qui leur était entièrement ou principalement dévolue, sous forme d’un spectacle permanent : le Ciné-Journal (71, rue de la République, 399 places).
Pendant la deuxième guerre mondiale, les actualités devinrent un enjeu politique majeur, et furent sans aucun doute contrôlées avec beaucoup plus de zèle que les films. Le 10 octobre 1940, un télégramme de Jean-Louis Tixier-Vignancour, alors chef des Services de Radiodiffusion et Cinéma, parvint sur le bureau d’Alexandre Angeli, préfet du Rhône :
Vous prie faire connaître immédiatement à tous directeur de cinéma interdiction formelle projeter actualités Fox Movietone et Alliance Cinématographique Européenne
Interdire Fox Movietone, c’était évidemment faire taire la voix de l’Amérique qui, quoique non belligérante, apportait un soutien manifeste aux ennemis de l’Allemagne. Il est plus étonnant de voir l’Alliance Cinématographique Européenne (ACE), filiale de la firme allemande UFA, traitée de même. D’autant que les journaux filmés distribués par l’ACE, « les Actualités mondiales », déclinaison française de la Deutsche Wochenschau, avaient le monopole de la Zone Occupée. Il s’agissait sans doute de faire place nette en ZNO pour le Journal France-Actualités Pathé, produit conjointement par Pathé et Gaumont à Marseille, imposé par Vichy et moins ouvertement au service de l’occupant. À partir d’août 1942, un journal franco-allemand, France-Actualités, fut le seul projeté sur tout le territoire français. Il accordait une place centrale à la propagande nazie, surtout après que Philippe Henriot fut devenu secrétaire d’État à l’Information et à la Propagande, en janvier 1944.
Sources : AD du Rhône, 45w82 (1940-1941) ; Patrick Mougenet, « Les actualités cinématographiques diffusées en France entre 1939 et 1945 », Clio-Ciné, 2002
