Un incident au Rexy
Le Rexy avait ouvert en 1934, au 129-131 de la rue Garibaldi, succédant à un cinéma appelé Le Femina (1921 ou peut-être 1914) puis le Lavarre, du nom de son propriétaire (1924). D’autres sources affirment que le bâtiment fut construit en 1922 pour abriter l’usine de construction électrique Soulé. Une chose est sûre : le Rexy ferma en 1958. Sa façade, qui est depuis 1970 celle d’un Monoprix, subsiste et donne une idée de ce que fut sa splendeur, car en 1940, le Rexy était « une des plus belles et vastes salles de Lyon », qui comptait 899 places (650 au parterre, 213 en galerie et 36 en loges), et offrait en outre 27 abris en cas d’alerte.
Le 14 juillet 1943, on projeta en matinée (il n’y avait pas de soirée dans les cinémas lyonnais ce jour-là) Mariage d’amour, une bluette réalisée l’année précédente par Henri Decoin et produite par Alfred Greven pour Continental-Films*. Mais c’est moins la chaste idylle interprétée par Juliette Faber et François Périer qui retint l’attention de la police que le déroulement de la séance. Dans une lettre du 15 juillet adressée au commissaire principal des RG du Rhône, l’inspecteur Savelli signale qu’à la fin de l’entracte, « on fit entendre au public le disque de la Marseillaise ». « Tout le monde se leva et entonna l’hymne national. Deux ou trois personnes ont même crié “Vive la République – Nous les aurons !” ». Les manifestations recommencèrent à la fin du spectacle quand on fit entendre le Chant du départ. « Le public a été satisfait d’une telle initiative », conclut l’inspecteur. Un complément d’enquête signale que « Monsieur Lavarre Auguste, propriétaire et directeur du dit cinéma ne nie pas les faits » et qu’il a déclaré « avec la plus grande naïveté » qu’il n’avait pas voulu « déroger à l’habitude qu’il avait de fêter le 14 juillet ». L’intéressé semble certes avoir agi « conformément aux directives données par la Radio anglaise », mais il n’avait jamais manifesté d’activité politique. Il mérite donc un avertissement assorti d’une fermeture administrative de 5 jours.
La relative légèreté de la sanction s’explique par le fait que Vichy n’a jamais officiellement interdit ni La Marseillaise ni les célébrations du 14 juillet. La première étant accompagnée, mais non remplacée, par Maréchal, nous voilà ! ; les secondes étant réduites à une journée « de deuil et de recueillement ». Mais dès 1942 il était clair que les manifestations organisées ce jour-là en Zone Non Occupée l’étaient à l’initiative de la France libre et de la Résistance intérieure. Même si nous n’avons pas trouvé dans les archives d’incident comparable à l’affaire du Rexy, on peut supposer que les 80 salles de cinéma lyonnaises* furent le lieu d’élans patriotiques du même ordre.
Sources : Les Cinémas de Lyon : 1895-1995 (AM de Lyon, juin-juillet 1995) ; Rive Gauche, n° 57 (juin 1976) ; AD du Rhône, 45w82 (lettres des 15 et 20 juillet ; note du 9 août).
© Inventaire général du patrimoine culturel de la Région Rhône-Alpes

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