lundi 2 janvier 2023

Cinéma

La censure des films anti-Allemands

Le 21 novembre 1941, Aubier, chef du centre de la région de Lyon du COIC (Comité d’Organisation de l’Industrie Cinématographique, 51 av. Maréchal Foch) répond à une demande de la préfecture. Il fournissait une liste de quatre films « anti-Allemands » en distribution dans la région. Il s'agit de Pilote X, film américain d’Elmer Clifton de 1937, où le pilote meurtrier est un Allemand nommé Carl… Goering ; Marthe Richard, film de Raymond Bernard de 1937, où Edwige Feuillère joue le rôle d’une espionne pendant la première guerre mondiale ; No Man’s Land (Niemandsland ou La Zone de la mort), film pacifiste allemand réalisé en 1931 par Victor Trivas, réalisateur russe d'origine juive ; et « Morale de cette histoire », dont trois copies avaient été localisées à Lyon et trois autres à Marseille. Nous n'avons pu identifier ce dernier film. Nous en sommes réduit à l’hypothèse suivante : un employé du COIC, devant rendre compte de Mortal Storm, le film de Frank Borzage (1940), a lu « Moral Story » et pris l’initiative de nommer « Morale de cette histoire » une œuvre qui sera distribuée en France en 1948 sous le titre La Tempête qui tue.

« Il y a lieu de considérer que les copies de ces films sont en principe saisies », assure Aubier. Mais le danger que représentaient ces œuvres était mince : aucune n’avait été projetée à Lyon depuis le 29 avril 1940, quand Marthe Richard au service de la France était au programme du Cinébref. Plusieurs films anti-allemands sont absents de cette liste curieusement réduite. Par exemple, Menaces d’Edmond T. Gréville (1940) avec Mireille Balin et le juif Erich von Stroheim, interdit et brûlé à Paris par l’occupant en 1940, mais qu’on pouvait encore voir au Chanteclair et à l’Eldorado puis à l’Astoria et à la Cigale en avril-mai 1941. Un autre film anti-nazi de Borzage de 1938 : Three Comrades, montré à Lyon en 1941 et jusqu'en août 1942 au Ciné-Monde et au Studio 83. En juillet 1943, alors que Lyon est occupé, on projette toujours Le Mort en fuite, comédie d'André Berthomieu (1936). Une concierge (Gabrielle Fontan) y nomme son chat Adolphe, suscitant une réplique de Michel Simon dont on imagine l’effet sur le public du Studio Fourmi : « Votre chat, madame, il pisse partout ! »

Pendant toute la guerre on observe d’autres défaillances de la censure : on continua par exemple, bien après l’Armistice, à voir à Lyon des films anglais* ; et quelques films américains* après l’entrée en guerre des États-Unis, parfois en version originale*. La négligence du service chargé du contrôle du cinéma en zone sud est peut-être due à ce que sa mission était d’abord de faire respecter les interdictions aux moins de 16 ans*.

 

Sources : AD du Rhône, 45w82 (1940-1941) ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Menaces ; rubrique « La soirée lyonnaise » du Salut public, 1940-1944

  

 
Le Salut public, 2 avril 1941